Mardi 25 octobre 2005 2 25 /10 /Oct /2005 00:00
Face à la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, il est faux qu’il soit urgent d’attendre. La Turquie est sans doute un des pays candidats à l’adhésion qui a le plus à offrir aux Européens.
Face à la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, il est faux qu’il soit urgent d’attendre. Ou l’Europe, bien plus que la Turquie, pourrait bien, un jour, avoir à regretter ses atermoiements. A l’entrée de la Turquie dans l’Union ne constituent en effet des contre indications plausibles ni l’effondrement du bloc soviétique, dont le souci d’éviter que l’influence ne s’accroisse sur l’économie ou la politique turque a sans doute fortement contribué, l’influence américaine aidant, au bon accueil réservé, en 1959, à la demande turque d’association, ni l’accélération de l’intégration à l’Europe d’une Grèce qui n’avait, à la fin des années 60, guère davantage vocation à l’intégration, que ce soit en termes économiques ou en termes politiques, que la Turquie d’alors, ou d’aujourd’hui (il est au reste dommage qu’elle se soit périodiquement acharnée –comme en 1985, 1988, 1994, plus aujourd’hui- à ostraciser la Turquie). Ne sont pas davantage des obstacles majeurs l’évolution des institutions et de la vie politique turques. Ni celle d’une économie qui persiste à comporter des faiblesses, quelques unes graves, mais se signale aussi par de spectaculaires avancées. A l’Union européenne, au surplus, la Turquie apporterait deux atouts majeurs : en premier lieu, une frontière avec l’Asie, plus particulièrement l’Asie centrale ex-soviétique turcophone, et le Moyen-Orient iranien et arabe, frontière dont, à la différence de la Russie, extraordinairement présente commercialement dans cette région, elle ne dispose pas pour l’instant, et dont ne peuvent tenir lieu les relations transméditerranéennes avec le Maghreb ; en second lieu, l’expérience directe de la gestion, comme partie intégrante d’un héritage spirituel et culturel, sans les ambiguïtés et les handicaps d’un passé de relations coloniales ou d’une condition minoritaire (ce qui est le cas dans les pays de l’ex-Yougoslavie) d’une religion : l’Islam, qui doit cesser de nourrir les fantasmes et les peurs de l’Occident européen, et qui, à ce prix, le pourrait peut-être.

Les frilosités européennes

D’où vient, à la vérité, que persiste à sévir, dans certains milieux dirigeants européens, une sorte d’allergie à l’égard d’un partenariat turc ? Non pas, à l’évidence, et quelle que puisse être la pertinence des arguments explicitement avancés, des insuffisances, qui existent, de la démocratie politique turque. Pas davantage de l’instabilité, indéniable, de l’économie du pays. Ni des carences qui en résultent en matière de politique sociale. Pour une part, il faut malheureusement en convenir, du confus souvenir de la longue menace turque sur les marches sud de l’Europe chrétienne, et des violences ayant marqué tant l’effondrement du régime impérial que l’avènement de la République. Pour une part de la crainte du poids et du dynamisme démographiques turcs. C’est à dire, bien sûr, des vagues migratoires qui, portées par ce dynamisme et par les inégalités de niveau de vie entre la Turquie et le reste de l’Europe, pourraient promptement mettre à profit la libre circulation des hommes qui constitue, avec la libre circulation des marchandises l’une des dimensions fondamentales de l’intégration européenne. Mais aussi, on y pense moins, et pourtant cela compte, de la redonne à laquelle conduirait, dans les équilibres politiques européens, à institutions constantes, l’arrivée d’un pays de quelque 70 millions d’habitants. Aurait-on décidément oublié, en Europe de l’ouest, que la Turquie a dès le XVIème siècle, et jusqu’à l’aube du XXème, joué, en plusieurs circonstances, un rôle décisif dans l’équilibre européen, et que la formule ironique en usage pour la désigner était certes « l’homme malade », mais « de l’Europe » ? Ce que, bien avant Ataturk, et dès le Tanzimat, justifiaient amplement les choix réformateurs (au moins autant que ceux de beaucoup d’autres gouvernements européens) de la Porte. Aurait-t-on oublié de quel poids a pesé, pendant la seconde guerre mondiale, la neutralité turque ?

Un modèle politique turc ?

Si la démocratie turque n’est pas parfaite –mais quid de la Grèce des colonels ?- il y a, dans plusieurs domaines, des leçons à recevoir d’elle. En matière, d’abord, de ce que les Turcs appellent eux aussi laïcité, et qui, pour n’avoir pas grand chose à voir avec la laïcité française, et n’être pas sans scories, est la seule construction ayant permis à un Etat de tradition musulmane de fournir un cadre durable à l’exercice de cette religion, une religion, n’ayant nulle part, dans d’autres pays d’Europe, il faut y insister, peut-être pour y avoir toujours été perçue comme une religion allogène, trouvé un statut adéquat. Peu de sociétés autant que la turque attestent, ensuite, en matière de vie associative, d’une vitalité analogue à celle dont celle-ci fait preuve, aussi bien sur le territoire national qu’au sein de la diaspora. Quant aux faiblesses dont les institutions et la vie politique turques persistent à être entachées, il faut commencer par convenir que l’Occident n’a pas en certaines circonstances –guerre d’Afghanistan, guerre du Golfe- répugné à s’en accommoder, quitte à en tirer ultérieurement prétexte pour nourrir son dédain. Mais on ne voit pas, en outre, pourquoi l’argument de l’arrimage politique, qui a pu être avancé pour accueillir d’autres pays au sein de la communauté européenne, ne vaudrait pas pour la Turquie ; y compris dans la perspective de contribuer à la solution de problèmes aussi délicats que le problème kurde, ou celui de Chypre, ou encore, le contentieux, sans cesse enrichi de nouvelles dimensions –les eaux territoriales de la Mer Egée -entre Grecs et Turcs.

Réévaluer l’économie turque à la lumière des autres pays européens.

Si l’économie turque reste instable, rongée par le déséquilibre des comptes intérieurs et l’inflation, il ne faut en occulter aucun motif : le comportement, dans le passé, de l’Union européenne ou de certains de ses membres ; l’embargo frappant l’Irak qui stérilise l’activité des oléoducs Irak-Méditerranée sans que se profilent, en remplacement, sauf à fermer le Bosphore aux pétroliers russes (ce qui est peut-être écologiquement nécessaire, mais politiquement difficile), des oléoducs Russie-Anatolie-Méditerranée. Il faut aussi mesurer ce qu’a été, à partir des années 1970, l’effort d’ouverture et de modernisation d’une économie antérieurement introvertie et marquée par l’interventionnisme d’Etat ; l’effort de rééquilibrage entre les zones occidentales ou pontiques traditionnellement développées, et l’Est anatolien ; l’effort de développement des infrastructures (barrages –répondant, certes, le cas échéant, à des préoccupations autres qu’économiques-, aéroports, autoroutes, réseaux de transports interurbains, réseaux urbains d’adduction d’eau et d’assainissement, parc immobilier -parcs immobilier d’une qualité dont l’Espagne, l’Italie du Sud, la Grèce, plusieurs zones de désindustrialisation d’Europe du Nord, la plupart des pays de l’Est pressentis par l’adhésion ne pourraient se targuer). Ce n’est pas non plus un mince atout, pour la Turquie, que de ne pas avoir, malgré son effort de développement industriel, sacrifié son agriculture, et d’être ainsi demeurée autosuffisante sur le plan alimentaire. Sans doute peut-on à juste titre s’alarmer de l’importance de l’économie informelle qui, outre qu’elle pose, aux finances publiques turques, des problèmes redoutables, est difficilement compatible avec une régulation de l’économie du type communautaire. Mais l’Italie du Sud ? Mais la Pologne ?

Si les politiques sociales turques restent courtes, et elles le restent, en matière de lutte contre les inégalités, de développement des négociations collectives entre partenaires sociaux et de libre déclenchement des conflits collectifs, de santé, de protection sociale en général, et plus particulièrement de protection de l’enfance -travail des enfants-, ainsi que des personnes âgées et handicapées, il en va malheureusement de même, faute notamment de vraies politiques sociales communes, dans plusieurs autres pays de l’Union. Y compris sur le terrain du partage du PIB entre revenus du capital et revenus de travail, ou sur celui du régime juridique des négociations collectives et du recours à la grève, et ce dans des pays ayant été parmi les premiers membres.

La vitalité démographique de la Turquie : un atout pour l’Europe

Que la démographie turque puisse inquiéter des pays en proie à une peur panique d’être submergés par des vagues migratoires n’est pas vraiment surprenant. La population turque a doublée en 30 ans. L’exode rural s’est fortement accru au cours de la même période, et la proportion de la population urbaine par rapport à la population totale a également doublé. Certaines agglomérations ont vu, en un quart de siècle, le nombre de leurs habitants décupler, voire vingtupler. Sans que la stratégie de développement urbain ait toujours été à la mesure du défi à relever (encore qu’elle l’ait souvent été, et que la Turquie connaisse peu de bidonvilles et de délinquance). Reste que la dégradation de la démographie des pays membres de l’Union rend nécessaire, même s’il est rare que l’on veuille en convenir, un apport de sang neuf ; que ce ne sont pas les vieux pays démographiquement (partiellement d’ailleurs) épuisés promis à l’adhésion qui feront en ce domaine l’appoint. La Turquie peut-elle le faire. Elle déborde de vitalité. Une vitalité ouverte sur le monde. Plusieurs grands écrivains turcs –des femmes majoritairement- écrivent en allemand, en anglais. Une forte proportion de la main-d’œuvre qu’elle est en mesure de proposer est qualifiée, et, qu’elle le soit ou non, entreprenante –il existe plus de 50.000 petites entreprises turques en Europe. Une qualification et un esprit d’entreprise qui n’auront pas coûté cher, en dépenses d’éducation et d’aide à la création d’entreprises, aux contribuables européens. Ceux-ci pourraient, dès lors, être sollicités pour supporter une partie des coûts de transition que comporterait, c’est vrai, inévitablement, si on ne veut pas que l’opération tourne au désastre, la réalisation des ajustements nécessaires, en cas d’adhésion, entre économie turque et autres économies européennes. Il est dommage, à cet égard (et en matière de libre circulation des travailleurs), que les engagement contractés par l’Union lors de la conclusion de l’accord d’association aient, dès avant le coup d’état militaire de 1980, cessés d’être tenus, et que ceux dont a été, en 1995, assortie la conclusion de l’accord d’union douanière ne soient pas à l’échelle des besoins turcs.

L’Europe doit faire des concessions

Peut être la Turquie serait-elle aussi, au demeurant, fondée à demander à l’Union, en plus d’un effort de solidarité digne de ce nom, un certain nombre d’aménagements des stratégies économiques qui sont aujourd’hui les siennes. Elle aurait tort de ne pas le faire ; toute adhésion se négocie, surtout quand elle ouvre au partenaire de nouvelles perspectives. C’est ce dont, après avoir fait preuve pendant un certain temps, d’une humilité excessive, et récemment donné quelques gages de bon ton -l’abolition de la peine de mort- deviennent peu à peu conscients de nombreux responsables turcs. Au point, pour certains d’entre eux, de concevoir des doutes, pour le cas où la Commission et le Conseil de l’Union persisteraient dans leur frilosité soit sur le calendrier de l’adhésion, soit sur ses conditions, quant à l’utilité de poursuivre la démarche entreprise. On peut de fait imaginer, pour la Turquie, d’autres destins que l’Europe. Mais l’Europe n’y trouverait sans doute pas son compte. Les solidarités régionales qu’elle a, de façon plus ou moins convaincante, contribué à promouvoir (OCDR, ZCEMN, « eau pour la paix »), l’intensité de ses échanges avec les pays de l’Asie centrale et du Moyen–Orient, loin d’être en contradiction avec sa vocation européenne, apparaissent au contraire comme complémentaires de celle-ci, et prometteurs pour une Europe qui lui aurait été accueillante. C’est ce que donnent clairement à entendre les chiffres d’ensemble du commerce extérieur turc. Alors ? Tourner le dos à Lépante. Non pour faire de la Turquie, comme les Etats-Unis l’ont malencontreusement donné à entendre en même temps qu’ils faisaient mine de vouloir forcer la main à l’Europe –pour y parvenir ou pour mieux la cabrer ?- une sorte de bastion avancé d’un Occident en guerre, mais un catalyseur d’un réexamen des enjeux de la solidarité européenne, et le maillon d’un dialogue renouvelé avec le Proche-Orient.
http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=A&Id=312
Par HigorMaster - Publié dans : turquie-europe
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 15 octobre 2005 6 15 /10 /Oct /2005 00:00
Copier coller d'un article du Figaro
Par Douglas Alexander *
[14 octobre 2005]

L'ouverture de ces négociations viendra alimenter la dynamique des réformes politiques et des restructurations économiques dans le pays, et aiguillonner les efforts engagés pour résoudre les tensions et conflits nés de la situation à Chypre. Si nous n'en avions pas décidé ainsi, la crédibilité de l'Union s'en serait trouvée sérieusement entamée.

La Turquie revêt une importance stratégique capitale du fait de sa situation géographique. Elle est un partenaire indispensable dans la lutte contre le trafic de drogue, contre la criminalité transfrontières et contre le terrorisme international. Elle est un des pays d'Europe qui connaît le plus fort taux de croissance et elle représente déjà un débouché important pour les pays de l'Union. Pour dire les choses simplement, elle rendra l'Union européenne plus forte, plus sûre et plus compétitive.


La seule perspective d'adhérer à l'Union a entraîné des bouleversements spectaculaires dans le pays. Il n'aurait jamais pu être question d'une éventuelle adhésion sans que les critères politiques stricts de Copenhague soient réunis. Le premier ministre Erdogan a pris des décisions difficiles mais nécessaires en mettant en oeuvre son ambitieux programme de réformes – qui commence à porter ses fruits. Il a notamment aboli la peine de mort, et pris des mesures allant dans le sens d'un respect plus scrupuleux des droits de l'homme et de l'État de droit. Pour autant, nous savons – comme nos partenaires turcs – que beaucoup reste à faire. Nous savons aussi que les choses prendront du temps et que nous ne pouvons pas préjuger du résultat.

La Turquie doit aligner sa législation sur celle de l'Union européenne. C'est un énorme chantier, qui compte 35 chapitres, dont chacun devra avoir été traité de A à Z avant de pouvoir être refermé. Il va de la justice et des affaires intérieures à la politique économique en passant par l'environnement. C'est la Commission qui sera en charge des négociations et qui en garantira la rigueur. Il lui reviendra de s'assurer que la Turquie répond bien aux exigences voulues – mais aussi que les exigences en question n'ont rien d'exorbitant et correspondent bien à celles auxquelles devront se plier les autres pays candidats.

Nous nous lançons dans une immense entreprise, tant du point de vue de l'Union que de la Turquie. Le chemin parcouru et les étapes qui restent à franchir au cours des dix années à venir enverront un double signal fort sur le plan politique. Et d'abord, au moment où certains considèrent comme inéluctable un choc des civilisations, la preuve que, pour l'Union européenne et pour nos amis turcs, les différences de religion et de culture ne sont pas un obstacle au partenariat.


Ensuite, comme en témoignera la vitalité propre de la Turquie, c'est aussi la preuve, pour ceux qui prétendent que l'Union fait de l'impérialisme culturel et cherche à aliéner ses voisins en leur imposant ses valeurs, qu'elle n'a pas cette volonté hégémonique. La Turquie sera l'exemple vivant de ce que les réformes en cours, porteuses de stabilisation du pouvoir politique, d'innovation, de croissance et d'investissement, et synonymes de recul de la corruption et de la violence séparatiste, peuvent être menées à bien sans entamer ni atteindre les particularismes nationaux du pays qui en fait l'objet.


L'Union n'impose rien à la Turquie. C'est la Turquie qui est résolue à mener à bien ce chantier, sachant que ce sera pour le plus grand bénéfice de son peuple. N'allons pas nous imaginer qu'elle aurait engagé ces réformes avec autant de diligence et de célérité et que son gouvernement s'y serait investi de la sorte si la perspective de l'adhésion pleine et entière à l'Union n'avait pas servi d'aiguillon.


Nous voulons avoir pour voisin une Turquie prospère, démocratique et stable. Nous voulons voir les autres pays de la région emprunter eux aussi la voie de la réforme et du développement économique. Et nous voulons voir la Turquie, le jour où elle aura rempli les conditions requises, prendre place parmi nous au sein de l'Union européenne.

* Ministre britannique délégué aux Affaires européennes.
>>>>

Effectivement, il vaut mieux avoir en Europe un pays démocratique, stable et européanisé plutôt qu'un pays tenter par l'islamisme ou par une dictature militaire de plus en plus stricte.

Par HigorMaster - Publié dans : turquie-europe
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 12 octobre 2005 3 12 /10 /Oct /2005 00:00
Voila un Copier oller d'un article du Nouvel Observateur.

Lorsqu'en 1963 fut signé le premier accord d'association de la Turquie à la mmunauté Economique Européenne, incluant la possibilité d'une future adhésion, les pays membres voyaient-ils ce rapprochement d'un œil favorable ?

- Tout d'abord on oublie souvent de rappeler que l'idée de l'intégration de la Turquie à la Communauté était présente dès le départ dans l'esprit des pères fondateurs. Et ce, bien avant 1963. On envisageait même à l'époque une adhésion uniquement au sens strict du terme, c'est-à-dire au sens politique, et pas seulement dans le cadre d'un marché libéral. Ce n'est que par la suite que la perspective de son intégration au marché commun est venue à l'esprit. En 1963, il n'y avait vraiment aucune réticence à l'adhésion de la Turquie parmi les Etats membres. Et cette politique n'était pas seulement destinée à faire plaisir aux Turcs. Car il faut se souvenir que cette époque, les années 1960, était placée sous le signe de la terreur. La Turquie constituait alors une place forte stratégique. Elle était la sentinelle du monde libre.

Depuis les premières tentatives de rapprochement de la Turquie en direction de l'Union européenne, l'attitude de la France sur la question a-t-elle évolué ?

- En un sens, non, jusqu'à très récemment. Au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement, il n'y a jamais eu d'opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Europe. C'est seulement la perspective du référendum sur la Constitution et celle des élections en 2007 qui en ont fait un enjeu de politique intérieur. La France et l'Allemagne ont toujours été de fervents partisans de son adhésion. Le climat de guerre froide y fut pour beaucoup. A l'époque, il était en effet primordial que la Turquie se range dans le camp occidental. C'était une mission de sécurité stratégique de premier plan. Il faut se souvenir que la Turquie était alors membre de l'Alliance atlantique du Nord. Ici les considérations d'ordre géographique ou l'idée d'une incompatibilité d'esprit, qui étaient pourtant des conditions à l'adhésion d'un Etat à l'Organisation, furent mises de côté. Car la Turquie était un enjeu vital, c'est-à-dire sécuritaire. D'ailleurs, cet argument est peut-être encore valable aujourd'hui.

La question de l'intégration de la Turquie à l'Union européenne a-t-elle toujours été primordiale aux yeux des Turcs ?

- Bien sûr. C'est un projet vital du pays depuis longtemps de devenir un membre de l'Europe. Et ce, même avant l'avènement de la république kémaliste qui a préparé le terrain dans l'objectif de son adhésion future. En ce sens, nous sommes en même temps à l'apogée de cette longue marche et au début d'une grande ambition qui démarre. L'essentiel pour la Turquie a toujours été d'être considérée comme une nation de l'Europe, de se dégager du monde oriental, bien qu'elle reste un pays musulman. Pour les Turcs, intégrer l'Union européenne, c'est intégrer une civilisation qu'ils considèrent comme la meilleure. Après vient la question des bienfaits économiques qu'ils pourraient en retirer. Mais il faut bien souligner qu'entre temps, une véritable révolution des esprits a eu lieu. Car au début, il s'agissait d'un projet élitiste, porté par une minorité de kémalistes formés à l'occidentale. Puis ce projet de quelques-uns est devenu le projet de tous. Aujourd'hui tout le monde est convaincu. Malgré les quelques déceptions qu'ils ont enregistrées ces dernières années, le projet est toujours soutenu pas une forte majorité.
>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>><

Comme on peut le voir, l'entrée de la Turquie dans une Union politique ne posait absolument aucun problème aux pères fondateurs, comme aux chefs d'états de l'époque.

Bien entendu, aujourd'hui on se trouve dans une autre situation, situation de l'islamisme et de "choc des civilisations".
Mais il apparaît important aujourd'hui de faire adhérer un grand pays musulman dans l'UE, un pays qui a un passé islamique fort, et qui pourrait servir d'exemple au monde musulman tout entier.
Un exemple de prospérité, de démocratie, de respect des droits de l'homme etc...
Les turcs se sentent aussi profondément européen, et les efforts de la Turquie pour s'intégrer au monde occidental ne date pas de Mustafa Kemal Atatürk, mais depuis au moins le lancement du Tanzimat (les réformes) en 1839.
Cette marche vers l'Europe va bien se conclure un jour ou l'autre, et je l'espère qu'elle se conclura par l'adhésion sans trop tarder de la Turquie dans l'Union Européenne, et l'adhésion complète de la Turquie dans la civilisation européenne.

Par HigorMaster - Publié dans : turquie-europe
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 9 octobre 2005 7 09 /10 /Oct /2005 00:00
Premièrement, pour moi la Turquie est un pays européen, elle n'a certes pas fais parti de la même civilisation (Empire Ottoman) mais les turcs n'en restait pas moins européens.
La Turquie faisait partie intégrante de la vie politique européenne, le territoire de l'empire comprenait pratiquement toute l'Europe centrale et Balkanique, ce qui fait qu'aujourd'hui 40% des turcs sont d'ethnie européenne.
Les sultans turcs étaient eux même européen (d'origine albanaise, ou serbe ou même bulgare pour la plupart).
Comme je le disais, l'Empire Ottoman faisait parti à l'époque de la Civilisation Islamique mais elle en faisait parti comme l'Andalousie et comme les Balkans et elle n'en restait pas moins européenne.
Même les hommes politiques et les diplomates la voyait comme un Empire européen, on l'a d'ailleurs longtemps appelé « l'homme malade de l'Europe »
La Turquie ne fais plus partie de cette civilisation depuis 1923, depuis Atatürk la Turquie fais partie intégrante de la civilisation européenne.
Le caractère européen de la Turquie a été reconnu par l'Union Européenne mais aussi par nos hommes politiques comme Adenauer ou Charles de Gaulle qui disait sur la Turquie (et je le cite)
L’histoire de la Turquie est plus que jamais devenue inséparable de celle de l’Occident et de l’Europe. Et les efforts d’Atatürk ne sont pas restés sans résultats.
Je pense que cette entrée dans l'Union conclura 500 ans d'histoire avec l'Union, et ça conclura un siècle de modernisation et d'européanisation de la Turquie.
Ca sera (et soyez en sur) un jour historique.

Deuxièmement, la Turquie fait parti de pratiquement toute les institutions européenne, elle est même l'un des états membre fondateur du conseil de l'Europe. Elle nous a soutenue pendant la guerre froide, c'est sans doute grâce à elle que l'Europe de l'Ouest ne s'est pas fait envahir par l'URSS.

Troisièmement, j'ai écouté attentivement les propos de Jacques Chirac et de Silvio Berlusconi (conférence de presse hier, sur LCP) puis les propos de Josep Borrell dans l'émission de France 2.
C'était à propos du poids de l'Union sur la scène international, hors (et d'après eux) l'Union ne pourra jamais devenir un poids lourd sur la scène mondiale, un poids lourd qui pourrait tenir tête à la Chine, à l'Inde et au Brésil sans le poids politique, diplomatique, militaire, financier, culturel et humain de la Turquie.

Quatrièmement et pour finir, l'Islam.
Je crois qu'il faut bien se rendre compte aujourd'hui que la Turquie est le seul pays musulman qui est à la fois laïc et démocratique.
Un pays qui pourrait servir de modèle pour le monde arabo-musulman, aujourd'hui quand on voit la Turquie qui a une croissance de 10% par an (bien plus que la Chine) il faut bien avoué que ça fait rêver n'importe quel pays de la planète, et en particulier les pays musulmans qui sont tombé dans le piège de l'Islam politique.
C'est aussi un moyen de véritablement européaniser l'islam, un Islam européen, respectueux des libertés, des droits de l'homme et des femmes, un islam résolument moderne et tourné vers l'avenir.
Aujourd'hui c'est l'Islam saoudien et Pakistanais qui guide le monde arabe, un islam rétrograde, passéiste et dangereux.
Faisons en sorte que ce soit ce nouvel islam turc qui serve de model aux pays musulmans.

En ce qui concerne Erdogan, il été certes islamiste à ses début mais depuis qu'il a repris la mairie d'Istanbul il s'est calmé, il a même empêché les islamistes d'approcher de sa mairie.
Il a tué politiquement son mentor Erbakan.
Et aujourd'hui c'est lui qui a le plus moderniser la Turquie depuis Atatürk.
Aujourd'hui les partis qui sont strictement islamiste font moins de 2 ou 3% en Turquie, bref une goutte d'eau.

Donc pour toute ces raisons, pour moi la Turquie est européenne, et elle doit rentrer dans l'Union européenne.
Par HigorMaster - Publié dans : turquie-europe
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Dimanche 9 octobre 2005 7 09 /10 /Oct /2005 00:00
Voila un copier coller d'un article paru dans le Figaro.

Le tsar Alexandre II connaissait bien l'Empire ottoman dont il adorait grignoter les contours. Il a souvent dit : «En Turquie, il y a deux provinces : Istanbul et le reste du pays.» Peuvent-elles toutes les deux entrer aujourd'hui en Europe ? Pour la seconde, mille arguments politiques et économiques se présentent, les uns favorables, les autres hostiles, la plupart pertinents. Pour la première, en revanche, l'histoire et la culture sont formelles : notre destin et notre civilisation ont été sauvés sur les rives du Bosphore. Bâtir l'Europe sans Constantinople et Istanbul serait un non-sens. Et une falsification. Comme si l'Urss avait choisi d'oublier Saint-Pétersbourg parce que la ville lui rappelait les Romanov. On ne choisit pas son passé, on en hérite.


On se rappelle aujourd'hui que Constantinople fut une fête. Alors que l'Occident mérovingien grelottait de froid et traînait ses sabots dans la boue, une ville des Mille et Une Nuits dansait au clair de lune. En l'an 1000, Byzance faisait rêver le monde. Ses parfums et ses palais, ses courtisanes et ses bourreaux, ses patriarches et ses princes, ses hippodromes et ses chapelles aux mosaïques scintillant à la lumière des cierges� Perchés sur les collines ou se reflétant sur la Corne d'Or, des dômes majestueux enflammaient les espoirs du Moyen Âge comme les étoiles éclairent la nuit. Pourtant, si la capitale des basileus faisait de la frivolité un art, elle servait d'abord d'écrin ultime à notre culture.

De l'an 300 à 1453, on a enseigné Platon et Sénèque, Aristote et saint Augustin, Horace et Homère� De génération en génération, princes, empereurs, ministres et riches marchands ont créé des écoles et fondé des universités. L'esprit grec, la pensée romaine et l'âme chrétienne s'y sont mariés et ont inventé notre civilisation. Sans les murailles de Théodose, il ne serait resté des savoirs antiques que des blocs de marbre éparpillés dans l'herbe. Là, pour la première fois, les pensées occidentales ont appris qu'elles n'étaient pas forcément mortelles. Les Celtes, les Numides, les Parthes, les Phéniciens avaient disparu. Les pères de notre science et de nos arts, eux, ont survécu. On l'oublie car on retient de l'Empire byzantin un invraisemblable soap-opéra médiéval plein d'impératrices nymphomanes, d'eunuques gélatineux, de prosternations protocolaires, de mains tranchées et d'yeux crevés. Pourtant, l'Europe ne se limite pas à Paris, Madrid et Rome. D'Athènes à Sofia et de Belgrade à Moscou, tout l'univers orthodoxe est né à Constantinople. Et c'est parce qu'on lui devait tant qu'on l'a tellement haïe au point de l'anéantir en 1204, lors de la quatrième Croisade.

Deux siècles plus tard, les Ottomans n'ont fait que cueillir le fruit que nous avions nous-mêmes arraché de l'arbre. Contrairement à l'idée reçue, ils ne sont pas apparus un beau matin, surgissant de nulle part et ravageant tout sur leur passage, tels des Mongols dévalant la steppe. Voisins depuis plus d'un siècle des basileus, ils vivaient en bons termes avec eux. Une fille de la famille impériale des Cantacuzène avait épousé le fils d'Osman, fondateur de la dynastie ottomane. Des cousins avaient épousé des princesses serbes et bulgares. Les troupes du sultan étaient pleines de contingents européens. Les Ottomans faisaient partie de la famille balkanique. Depuis des siècles, les chrétiens d'Orient fréquentaient le monde musulman. Et s'en portaient bien. Ils s'estimaient souvent beaucoup plus proches de Bagdad que de Rome et de l'intégrisme catholique. La frontière de l'Europe est, depuis l'an 1000, à la lisière de l'Irak. De l'Atlantique à l'Oural, notre continent rassemble tous les débris de l'Empire romain au nord de la Méditerranée. Et ses peuples, les paysans misérables, ne s'y trompaient pas. Aucun serf croate, hongrois ou macédonien ne tremblait en voyant arriver les contingents ottomans : au contraire, ils savaient qu'ils allaient échapper à une odieuse féodalité. L'occupation ottomane ne tenait pas la bride serrée. Nul n'était contraint d'apprendre le turc, on ne forçait pas les conversions, il suffisait que le minaret soit la construction la plus élevée de chaque village. On ne se révoltait pas. Quand Constantinople tombe en 1453, les Ottomans attaquent depuis l'Ouest. Leur capitale est en Grèce, à Andrinople. Leurs troupes ont été levées dans les Balkans. Personne ne les prend pour des brutes surgies du néant.

Installés à Constantinople, les sultans ottomans se révèlent-ils de féroces tyrans orientaux ? Loin de là. Nul ne s'échappe de chez eux mais, au contraire, des milliers de juifs fuient nos pays pour se réfugier sous leur protection. Salonique est la première ville juive du monde. Grecs, Arméniens, Arabes, Albanais vivent en parfaite harmonie dans la capitale. L'écrasante majorité des grands vizirs est européenne de naissance. Des dizaines de confréries musulmanes cohabitent en bonne intelligence. On n'est pas à La Mecque. Toutes les nuances de l'islam s'expriment. Quand elles débattent, c'est lors de concours de poésie. L'ordre règne à Istanbul, débonnaire. Sous Ahmed III, le contemporain de Louis XV, au sommet de la puissance ottomane, la douceur de vivre sur les bords du Bosphore est devenue un art. Dans les manuels, on parlera du temps des tulipes et des zibelines. On vit autour du palais de Topkapi comme dans le reste du continent. Et quand l'empire va se désintégrer peu à peu, aucun de ses féroces ennemis ne l'appellera autrement que comme l'«Homme malade de l'Europe».

Aujourd'hui, Constantinople demande à réintégrer son giron. Moralement, les Arméniens peuvent être indignés. Politiquement, la droite xénophobe et la gauche souverainiste peuvent émettre des réserves. Economiquement, Bruxelles peut mettre en garde. Mais historiquement et culturellement, le débat est clos : cette ville a toujours fait partie intégrante de notre destin. Et, entre l'an 330 et l'an 800, elle l'a incarné à elle seule. Lui fermer aujourd'hui la porte serait un parricide.

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Cet article résume bien la situation de la Turquie, toute l'hypocrisie qui règne autour de son adhésion masque la terrible réalité de l'énorme islamophobie qui gagne en ce moment même les esprits en Europe.

Pourtant comme le dit cette historien, la Turquie fais partie intégrante de notre histoire, depuis la chute de Constantinople, nous avons toujours vécu avec eux, et notre destin on ne peut le faire qu'avec eux.

Par HigorMaster - Publié dans : turquie-europe
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus